dimanche 5 avril 2015

Dans mon cœur jaillit la force du soleil


«Le rayon de soleil
Scintillant de lumière
A glissé sur la terre.»
(Solstices et équinoxes, Steiner)

5 avril. Jour de Pâques tout blanc. Malgré tout, le soleil brille et je suis dans l’espérance. Comme la terre tôt au printemps. Les érables ont commencé à couler, des cuvettes se creusent et s’approfondissent autour des arbres. La neige se fait tour à tour porteuse et enfonceuse, comme en témoignent mes deux chats qui n’osent pratiquement plus lui faire confiance. Le vent s’apaise un instant et j’entends presque fondre la neige. Les premières corneilles créent la pagaille avec la gent ailée. Dans le fossé, l’eau libérée commence à dévaler fièrement la pente alors que l’épaisse couche de glace s’accroche vigoureusement aux berges de l’étang.

Il fut long et polaire, cet hiver vieillissant qui ne se laisse pas facilement convaincre que son règne est bel et bien terminé. Mars a rendu les armes. Pourtant, avril pourrait bien nous réserver quelques glaciales surprises… Sans parler de mai... J’ai déjà nommé une de mes juments «Neige de mai». Son nom décrivait l’ambiance du jour de sa naissance et il ne s’agissait pas de quelques flocons épars mais d’une accumulation très honorable… Puisqu’il semble bien qu’on crée par la pensée, alors je vais vite penser à autre chose, car assez, c’est assez, n’est-ce pas?

Tiens, je vais plutôt me rappeler les mois d’avril de mon enfance de petite fille de ville. Je revois les patins à glace qu’on nettoyait avant de les ranger jusqu’à l’hiver prochain. Les chassis doubles qu’on retirait. Les dernières parties de billes qu’on faisait avec un peu de nostalgie sur une neige plus très vierge qui disparaissait à vue d’œil. La vie trop longtemps réprimée, s’émancipait. Le gazouillis des rigoles au bord des rues s’intensifiait, on dérouillait les clés de nos patins à roulettes qu’on chaussait sans tarder sur nos bottes de caoutchouc dès qu’apparaissaient les trottoirs, criblés du sable provenant du déneigement des rues. La  corde à danser, les bolos et les yoyos retrouvaient rapidement leur place d’honneur dans la cour de la petite école. Que de chutes et de genoux écorchés ponctuaient nos ébats! Il paraît que c’est en se plantant qu’on devient cultivé; nous devions acquérir des volumes de culture… Ma mère nous répétait comme si on avait pu l’oublier depuis la veille: «En avril, ne te découvre pas d’un fil», en brandissant foulards, tuques et manteaux devenus soudain bien trop embarrassants pour nos cabrioles du moment. Elle redécouvrait sa corde à linge. Elle sortait la machine à coudre et nous créait ou rénovait des manteaux de printemps et des chapeaux de paille pour Pâques; pourtant, ce dimanche pas comme les autres, il faisait souvent trop froid pour qu’on les parade pour aller à la grand-messe.

Tout devenait possible et prenait des airs de vacances. L’énergie fourmillait. On était tellement pétulants, comme en urgence de vivre et … C’est encore comme ça, du moins intérieurement, même si cela s’applique à d’autres réalités maintenant, comme l’impétuosité du jardinier ou du fermier. J’étais peut-être trop en avance pour semer les quelques vivaces à germination lente que j’ai choisi d’inviter dans mon jardin cette année  et elles étaient, semble-t-il, un peu trop impatientes de germer... Les petites pousses d’arnica montana, d’echinacea purpurea, d’asarina scandens et autres élues  devront patienter le temps qu’il faudra sur la table lumineuse ou sur le rebord des fenêtres. Je ne suis pas prête à chauffer ma petite serre ni n’en ai les moyens. On nous prévoit du moins 10 cette nuit. De toutes manières, je ne pourrais pas encore m’y rendre sans raquettes. Quant à ouvrir la porte, enfouie profondément sous la neige, je n’ai nulle envie de pelleter tout celas par excès de fébrilité. J’attendrai que les chauds rayons du soleil s’acquittent de la tâche, ce qu’ils accomplissent vaillamment chaque printemps. Quant à moi, je tenterai de me mettre d’accord avec l’agenda de la nature. Avec l’âge, j’apprends à ne pas trop nager à contrecourant et à m’harmoniser avec les cycles et les rythmes sans que mon cœur ne piaffe ni ne s’emballe à vouloir tout devancer par crainte de louper le train. Comme disait si bien notre sœur Angèle nationale: «Je ne prends plus ça à cœur, je prends ça à l’heure…»

Tard chaque automne, je sème des graines de mesclun, d’épinards, de mâche et autres salades dans ma petite serre, là où iront les tomates quand il fera trop chaud pour ces verdures résistantes au froid. J’aime le fait qu’elles savent le bon moment pour germer, dans cet espace où les fluctuations de température font succéder en alternance le chaud et le froid. Blotties contre la terre qui se réchauffe vite sous… l’effet de serre, quand j’ouvrirai finalement la porte de ce précaire abri, les plantules seront là à m’attendre. Au besoin, je les arroserai, mais pas plus. Rapidement, je me régalerai de ce merveilleux tapis vert vivant. Au fil des ans, je n’ai jamais vu ces braves geler et faillir à leur mission de précurseurs. Quelle science! Quand je commencerai à chauffer la nuit pour accommoder mes tomates et autres plants plus exotiques et fragiles, ma verdure se délectera de la petite chaleur créée et se multipliera à tel point que mes bols de salade déborderont et que toute la famille pourra en bénéficier. Quand je mettrai les tomates en terre, les verdures auront préparé le chemin et seront prêtes à céder la place. D’autres graines de même nature seront alors en voie de germer au jardin et dans mes boîtes à verdures.


Ah oui! Les boîtes à verdures! Depuis quelques années, je les apprécie beaucoup. Lorsque j’ai fermé l’Armoire aux Herbes, je m’étais gardé plusieurs boîtes à fleurs vides, sans trop savoir à quoi elles serviraient. J’en remplis bien quelques-unes de fleurs annuelles pour agrémenter ma galerie ensoleillée mais je n’en fais pas une production. C’est ainsi que mon autre balcon abrité, qui ne reçoit que le soleil du matin, est devenu mon jardin de verdures préféré. J’y ai installé huit de ces contenants sur les bras de galerie et j’y sème très tôt, puisque c’est un endroit protégé du vent froid et des pluies fortes, des oignonnets, des verdures, quelques radis et même de la bette à carde. Puis, en succession, tout l’été, je ressème des laitues et du mesclun. J’adore les variétés de laitues miniatures de toutes formes et de toutes couleurs, si tendres et délectables. Je peux les récolter facilement, les arroser parfaitement et elles ne sont ni visitées par les limaces ni maculées d’éclaboussures de terre.

Avez-vous remarqué à quel point le coût des semences a augmenté cette année et ce pour bien moins de graines? De quoi nous motiver à en récolter. Il est vrai que cela requiert pas mal de planification, de connaissance et un travail méticuleux; on ne vendrait certainement pas nos semences artisanales pour le prix demandé par les compagnies qui les rendent disponibles. Autre fait à noter, il y a beaucoup plus de semences bio d’offertes maintenant et davantage de choix. Je lisais dernièrement quelque part que lorsque les gens investissent 50$ en semences, ils peuvent espérer produire pour 1 250$ de produits alimentaires. C’est quand même un bon rapport qualité/prix, comme diraient les doctes économistes. De plus, il ne s’agit là qu’une partie des bienfaits qu’on récolte quand on sème. S’ajoutent bien des avantages humains, physiologiques, sociaux et spirituels. Et ce quelle que soit l’échelle qui nous convienne, de la culture en contenants de balconville, au jardinet, à la grande culture en champs. À chacun sa mesure! Les instants de grâce spontanée, ces instruments du vivant, n’attendent que l’occasion de notre présence d’esprit pour nous visiter où qu’on se trouve et quoi qu’on fasse. La source de tout est en tout.

J’aime bien cette citation de Charles de Gaulle:
«À mesure que l’âge m’envahit, la nature me devient plus proche. Chaque année, en quatre saisons qui sont autant de leçons, sa sagesse vient me consoler. Elle chante, au printemps. Quoi qu’il ait pu, jadis, arriver, je suis au commencement! Tout est clair, malgré les giboulées; jeune, y compris les arbres rabougris; beau, même ces champs caillouteux. L’amour fait monter en moi des sèves et des certitudes si radieuses et si puissantes qu’elles ne finiront jamais!» (Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, Le Salut, 1959)

Il se passe bien des choses magnifiques, déconcertantes ou désolantes sur notre terre. Nous n’avons même plus l’excuse du: «Je ne le savais pas.» Tellement d’êtres humains sont profondément inquiets quant à leur avenir immédiat alors que d’autres, pour ne pas avoir trop mal peut-être, cultivent une étrange amnésie. «Nous ne sommes pas d’aujourd’hui ni d’hier; nous sommes d’un âge immense» écrivait si justement Carl Jung. À l’école, on nous a enseigné le passé simple… pas si simple que ça… Ce que nous n’avons pas très bien appris est comment faire face au futur… compliqué. Plus que jamais, pour survivre et contribuer, pour prendre notre envol, il nous faut découvrir et demeurer fidèle ce qui nous donne des ailes. La vraie révolution est celle qui nous amène à nous transformer nous-mêmes pour transformer le monde.

L’agriculture nous propose une piste géniale. Nos cultures nous labourent, nous ensemencent, nous font grandir et nous permettent même de porter fruit pour le plus grand bien commun.

Alors, à nos binettes ou nos tracteurs, nos sachets ou nos poches de graines!
Et comme je lisais en ligne dernièrement:

J’ai l’intention de
vivre éternellement.
Pour le moment,
tout se passe
comme prévu.


LOL ! Ah, ah, ah !

Danièle Laberge
Herboriste traditionnelle

Vous pouvez m’envoyer vos courriels à danielelaberge@hotmail.com Si vous voulez être informés lorsque je mets des nouveaux textes ou change des éléments du blogue, laissez-le moi savoir soit par un commentaire sur le blogue (n'oubliez pas d'inclure votre adresse courriel dans le message.), en devenant membre du blogue ou par un courriel personnel et vous ferez partie de la liste pour ces envois.

mercredi 25 mars 2015

Vœux de Pâques


Heureuses Pâques!
Joyeux printemps!

Ce sera bientôt Pâques.
Cette fête nous rend disponible
à l’énergie du Sauveur du monde,
du grand thérapeute de l’évolution de l’humanité
qui est allé combattre dans les profondeurs
les adversaires de l’être humain.
Ainsi, il a rendu à l’humanité ses forces perdues
et la possibilité de régénérer le corps humain.
Avec l’aide et sous la guidance
du grand instructeur Raphaël,
le porteur du caducée,
nous pouvons recevoir, en ce temps de l’année,
la connaissance de ce qui risque
de détruire l’organisme humain
et choisir les forces de guérison
qui nous permettront
de contrecarrer ce qui les oppose.
C’est le secret de Pâques.
La parole créatrice sort de l’âme en feu,
la vie vainc la mort
et la guérison émerge de la maladie.
Nous ne sommes qu’un petit organe
de la Terre et de son atmosphère.
À nous de respecter et d’aimer chaque être vivant,
nous identifiant à l’Esprit de la Terre, notre mère,
qui veut notre plus grand bien.
Heureuses Pâques!
Bonne guérison de l’humanité!


Une revenante

Une revenante...

Il arrive dans la vie qu’on ait besoin de pauses et parfois, les pauses s’allongent et s’allongent. Puis un beau jour, une nouvelle impulsion revient s’accrocher à celle qui ne tenait plus qu’à un fil. Et c’est un nouveau départ. Quand j’ai commencé à animer ce blogue, sitôt après la fermeture de mon herboristerie, il me semblait que je pourrais le nourrir sans répit et que j’aurais toujours le désir d’y partager mes découvertes, mes photos, mes articles, mes vœux et mes réflexions du moment. Puis il y a eu ce long silence. Souvent, je recevais encore des courriels de lecteurs qui me disaient avoir aimé leur visite sur mon blogue et commentaient certains textes ou certaines images. Ça m’étonnait, mais ça contribua sans doute au fait que je ne fermais pas le blogue. Pas encore, entendais-je au fond de moi. Ça sert encore. On ne sait jamais.

Puis aujourd’hui, l’envie m’a repris. Je suis devenue tellement plus ermite qu’avant. Plus au ralenti. Je n’ai plus envie de donner de cours, de conférences, d’écrire des livres. Mais j’aime toujours profondément la nature, les plantes, la photographie, l’écriture. J’ai continué à pondre des articles ponctuellement. Je vais d’ailleurs bientôt en afficher certains, toujours pertinents dans le volet textes. J’ai continué à me lever tôt et à prendre des photos lumineuses de la Nature Vivante. Je suis allée voir le volet photos de ce blogue et je m’y reconnais. Comme j’ai arrêté d’en afficher des nouvelles au printemps, ce qui se trouve au premier plan correspondra à la réalité du moment... aussitôt que la neige fondra.

En fait j’ai décidé de ne rien changer du contenu de ce blogue. Je suis toujours en harmonie avec ce qui en constitue la trame. Je vais faire semblant qu’il ne s’est rien passé et je mettrai sous silence... le silence même.

J'y pense: je vais tout de suite aller mettre dans le volet texte un article que j’ai écrit sur le choix de ce silence qui m’est si cher.

Je vous dis d’avance que mes écrits sont de moins en moins pratico-pratiques et de plus en plus philosophiques, tout droits sortis des réflexions qui meublent mon univers de personne « retraitée », quoi que cela veuille bien dire. En tout cas, je ne me sens pas du tout retirée de la vie.

Non, je n’ai plus des acres de beaux jardins. Mes chevaux continuent à vivre en moi mais ils ne font plus partie de mon quotidien. Je fais toujours un petit potager et ma permaculture se porte très bien. En fait, je figure qu’il y a encore ici, à travers les valeureuses adventices, une très impressionnantes variété de plantes médicinales à partir desquelles je me fais une joie de fabriquer les quelques teintures-mères dont j’ai besoin pour ma propre santé et pour celle de mes proches. Je continue toujours à faire mes assaisonnements. Il y a encore assez de fleurs ici et là pour me réjouir le cœur, accommoder les insectes à la recherche de nectar et me donner la chance de me faire sécher une excellente tisane qui embaument les jours froids. Je tonds encore quelques sentiers pour me rendre jusqu’à l’étang. Les arbres ont continué à grandir et à prendre du panache. J’ai encore des cassis, des gadelles, des mûres, des bleuets et des framboises en abondance sans parler des bonnes pommes. La nature s’occupe très bien de moi et je me suis habituée à ses allures de sauvageonne et à ses exubérances que plus rien ne retient. Je me trouve tellement privilégiée de vivre ici. Chaque récolte est un cadeau du ciel… et de la terre. La fertilité et la beauté me touchent peut-être encore plus maintenant que je n’y travaille plus aussi intensivement. La terre n’a rien oublié. Je n’oublie pas non plus.

Alors, bien le bonjour! Ce printemps ne se décide pas à repousser l’hiver polaire que nous avons vécu cette année. Ce n’est qu’une question de temps. Il prépare sa venue et je me prépare le cœur pour l’accueillir. Mes semences sont prêtes. J’ai parti des semis d’arnica montana, de gloxinias grimpants et d’échéance purpurea qui attendent patiemment de trouver une place de choix dans ma petite serre. Pour l'instant, je ne peux m’approcher d'elle sans raquettes et sa porte est enneigée aux deux tiers. Mais comment ne pas faire confiance. Le printemps gagne toujours la partie éventuellement.



Ah! Que ce sera bon! J’ai hâte de sentir la terre, de voir les premières abeilles se précipiter sur les crocus à peine ouverts, encore enchâssés dans la neige, de sentir sur ma peau le vent intense de cette réjouissante saison. On s’en reparlera, n’est-ce pas?

Danièle Laberge, herboriste traditionnelle


Vous pouvez m’envoyer vos courriels à danielelaberge@hotmail.com Si vous voulez être informés lorsque je mets des nouveaux textes ou change des éléments du blogue, laissez-le moi savoir soit par un commentaire sur le blogue (n'oubliez pas d'inclure votre adresse courriel dans le message.), en devenant membre du blogue ou par un courriel personnel et vous ferez partie de la liste pour ces envois.          

lundi 21 mai 2012

Quand pousse le mai


Les fougères se déroulent en volutes vertigineuses. Chaque année, elles impriment dans la forme le mouvement rythmique de leur nature ancestrale, impressionnant et inspirant. J’aime les visiter et passer du temps avec elles. Elles me parlent de tout ce qui, de la vie, veut se dire et s’exprimer franchement. La liberté de parole. Un sujet … brûlant en ces jours de manifestations et de nouvelle loi spéciale 78 … Elles portent fidèlement la mémoire du lointain passé de la terre, où les plantes n’avaient pas encore accès aux floraisons et à la production de fruits, mais seulement au minéral (racines) et à l’éthérique (feuilles). En cela, elles n’ont pas changé au fil du temps, malgré le fait que leur taille atteignait alors des hauteurs maintenant inimaginables. 
Bientôt, ici, elles auront achevé leur montée et étireront leurs frondes, assurant moiteur et fraicheur à la terre qui les abrite. Une course s’engage entre le muguet et les fougères. Les fougèrent veulent ombrager la terre, mais les muguets, à leurs pieds, ont besoin de lumière pour fleurir. 
Les pointes acérées des feuilles du muguet poussent toutes deux du même côté de la tige, comme pour en assurer la force de ponction, et percent allègrement leur chemin. La petite plante, grâce à son rhizome traçant appelé griffe, rame littéralement sous le sol, agrandissant constamment son territoire, ce qui n’est pas pour me déplaire. Je vois déjà apparaître de nombreuses grappes de minuscules clochettes qui se creuseront et blanchiront (ou rosiront) dans les semaines à venir. Le muguet a beau être traditionnellement la fleur du premier mai, ici, il n’atteint sa maturité florale qu’à la fin mai, pour notre plus grande joie. Quelques brins suffiront à griser l’air de nos maisons. 
Chaque jour, avec la chaleur qui s’installe enfin, les manifestations de la vie végétale m’encouragent à l’observation ponctuelle et attentive de leur évolution, si riche d’enseignements et ce malgré tout ce qu’il y aurait à faire… ailleurs. Le dernier pas du printemps est le plus rapide. Si on n’y prend garde, on aura manqué quelques numéros sensationnels du spectacle qui ne reviendra que l’an prochain. Déjà, les pissenlits et les tussilages passent du jaune éclatant au blanc duveteux de leurs sphères de graines, les petits visages colorés des pensées sauvages s’harmonisent avec les gracieuses chélidoines qui hissent leurs candélabres de semences. Les primevères colorent vivement la rocaille alors que le coucou (primula veris) dresse ses hampes florales d’un jaune primesautier un peu partout dans les plates-bandes, même sans avoir été invité à le faire. Coucou ! En voilà un qui porte bien son nom... Qui songerait à s’en plaindre. Les myosotis et l’aspérule blanche illuminent le sol, remplaçant les scilles, les chionodoxas et les derniers muscaris si parfumés. Les narcisses tardives continuent d’embaumer l’air tandis que les jonquilles fanent et que les tulipes s’ouvrent jusqu’à l’évanouissement, exposant leurs cœurs dressés et ivres de pollen.
La violette si verdoyante se couvre de fleurs sucrées d’un mauve profond qui séduisent mes papilles et mes salades. La myrhhe odorante a créé de l’ombre pour le gingembre sauvage et dresse peu à peu ses ombelles odoriférantes que l’air chaleureux se charge de faire circuler jour et nuit. Les vaillantes pulmonaires continuent de fleurir malgré la chaleur qui fane leurs feuilles faites pour le froid. L’hydraste du Canada est en fleurs, ainsi que les anémones du Canada, les monnaies du pape, les actées bleues, les sceaux de Salomon, les trollius et (bien sûr), j’en passe. Les pommiers, pommetiers et cerisiers s’éclatent sans retenue. L’angélique nourrit sa rosette géante et brillante à même la moindre ondée.
Mon petit séchoir est rempli de livèche (appelée aussi céleri vivace ou ache), cette plante grandiose dont les feuilles au goût prononcé prennent le relai du céleri dans les soupes et sauces des saisons froides. Aujourd’hui, je ferai peut-être de la teinture-mère d’ortie Elle est maintenant trop coriace pour la soupe et j’en ferai sécher pour les moments où la vigueur me manquera au cœur de l’hiver.
Hier, j’ai taillé le basilic dans la serre, afin qu’il multiplie ses tiges feuillues. Quel délice ! Toutes mes petites plantules croissent à vue d’œil. Oh ! Je suis bien loin des dizaines de milliers de plantules qui vivaient en pouponnière, choyées dans la grande serre de l’Armoire aux Herbes de jadis. Je fais dorénavant des choix limités à travers les innombrables espèces que j‘aime et ces choix varient d’année en année. Les quelques petits îlots un peu enherbés autour de ma chaumière ne me permettent plus d’inviter trop de belle visite en même temps. En plus des fines herbes, ces incontournables, je m’offre cette fois-ci des belles de nuit, des calendules blondes, des immortelles des sables, des commélines minuscules, des balsamines, des tithonias, des pois de senteur, des sauges bicolores de l’Himalaya et quelques autres. Mes plants de tomates, trapus et solides, viennent de graduer des caissettes où elles avaient vu le jour au sol bien réchauffé de mon petit abri végétal. Ils vont maintenant pouvoir se nourrir abondamment et pousser sans que leurs racines ne soient à l’étroit.
Pendant que je vous parlais amoureusement de mes amies, le soleil s’est levé. Il va faire très chaud aujourd’hui. Je vais donc me hâter d’aller me promener pour voir ce que la nuit m’a légué de merveilles à découvrir. Puis j’ouvrirai les côtés de la serre et fournirai un arrosage copieux à tout ce petit monde qui va se développer joyeusement aujourd’hui. Tout comme nous, n’est-ce pas? Bonne croissance! 


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samedi 12 mai 2012

Après un long silence - Inspirante émergence printanière


Inspirante émergence printanière
par Danièle Laberge, herboriste traditionnelle

À la lumière des jonquilles
Ce qu’elle est inspirante, l’émergence, ce printemps! Chaque nouvelle apparition végétale, avec laquelle nous partageons un regard ému, semble nous présenter une facette de la vie, une facette de nous-mêmes que nous retrouvons avec une gratitude éperdue. On n’est jamais aussi vivant que lorsqu’on sait qu’on pourrait bien ne plus l’être. Cette phrase devrait être une pratique de chaque réveil, de chaque nouvelle journée, de chaque saison verte qu’on entame. Rien n’est plus fort que la vie, mais rien n’est aussi précaire que notre présence en ce corps, en cette vie. Vous savez comme moi qu’on vit souvent comme si on avait toute la vie devant soi, et on l’a. Mais sous quelle forme, ça on ne le sait pas.
Comment anticiper l’avenir du vivant? Librement. Car le vivant vit et change de forme et ne se laisse pas incarcérer ou cristalliser impunément. Nous devons croire à la révolution verte, la vraie, celle qui fait verdir la terre et non pas la tourner en poussière. Nous devons croire à la richesse pour tous, la vraie richesse dans la liberté. Les pays pauvres constituent les 3/4 de l’humanité, mais sont-ils vraiment les plus pauvres? Quelle pauvreté de tout avoir et de ne pas connaître la générosité, de tout savoir et de ne rien comprendre...
Il y a bien eu quelques surprises. Chaque printemps est une variation sur un thème. Heureusement que les plantes savent quand sortir au grand jour. Elles ne se laissent pas séduire par les quelques journées de grosse chaleur de mars, sentant que mai nous réserve encore des nuits glaciales et autres épreuves. Si elles sortent, elles demeurent basses, lovées tout contre la terre, prudentes. Il ne faut pas se décourager, ni tailler trop vite les vivaces qui ont l’air de n’avoir pas survécu. Il est encore tellement tôt. Il faut faire confiance à l’avenir et le laisser être à-venir.
Quand revient le printemps, la plupart d’entre nous explorons des hauts et des bas en
succession rapide, des angles aigus à négocier à chaque virement de cap, des émotions qui refluent et remuent tout sur leur passage... Des jours de peine et des jours de lumière, souvent sans que les circonstances extérieures ne puissent expliquer raisonnablement ni les uns ni les autres... Des moments où l’on a du mal à voir le bout des tunnels, où l’on en oublie presque les éclaircies, où la tâche semble trop lourde et où, comme le disait mon ami Pierre Domingue, la terre est franchement trop basse... Des jours de renouveau d’énergie, où les fleurs printanières nous font de l’œil, où les sourires de nos proches nous raniment, où l’espoir et la confiance en la vie nous réconcilient avec l’étape... Et avec nous-mêmes. C’est qu’en toute chose, il faut mettre tellement de conscience, presque plus qu’on en a en réserve. Les listes de choses à faire s’allongent irrémédiablement, beaucoup plus vite que les heures d’ensoleillement. Il faut s’organiser ou l’on est vite dépassé. Il faut s’allier le temps, sinon il se déguise rapidement en générateur d’empêchements. La nature nous indique ce qu’il est temps de faire et c’est incontestable. Seule la température peut en décider autrement. Tout est à faire en même temps, au printemps, dans nos climats nordiques. L’heure espérée où l’on pourra impunément paresser dans un hamac en écoutant pousser sagement un jardin impeccable et chanter des oiseaux qui ne croassent pas en jetant toutes les graines des mangeoires dans les plates-bandes qu’on vient de nettoyer, n’a pas encore sonné. Et sonnera-t-elle un jour, cette heure magique? Durera-t-elle plus longtemps que l’éclat d’une rose?
 Nous avons envie de faire peau neuve, de sentir l’élan bourgeonnant, de nous redonner un point de départ? Et pourquoi pas? Émuler la nature ne nous vient-il pas naturellement? Alors, offrons-nous une petite cure de printemps. Concoctons- nous des salades de pissenlit, d’oseille, de mauve et de violette. Savourons les petites feuilles de nos jeunes épinards, saupoudrés de ciboulette. Faisons-nous des tisanes de mélisse naissante, de feuilles de myrrhe odorante si semblables à de douces fougères, de pensée sauvage et de pousses de toutes sortes. Une bonne soupe à l’ortie nous reconstituera une volonté. Les asperges nous rapprocheront du règne minéral par leurs constituants, pas par leur consistance car elles sont tendres comme le petit vert qui s’accroche aux arbres comme un voile soyeux.
 Nous arriverons à la Saint-Jean en même temps que tout le monde et célébrerons ce joyeux festival malgré la fatigue et même, osons le dire, grâce à elle. Elle nous propulsera vers le plus haut, le plus grand, le plus vrai de notre potentiel d’humain en démarche. La graine ne peut pas retenir la substance qui, s’inspirant de sa mémoire vivifiée par l’hiver, lui offre les moyens de se réaliser et de monter vers la lumière. De tout notre être, nous aspirons à la douceur irrésistible d’un fugace été, toujours trop court pour l’explorer à satiété. L’été spirituel qui nous appelle est de bien plus loin et de bien plus conscient. En attendant, souhaitons-nous des brassées de fleurs, des joies simples et vraies, des feux d’artifices dans le cœur et des amitiés partagées.


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lundi 13 février 2012

Bonne St-Valentin!


L'amour

L'amour.
La seule force.
La seule vérité.
L'amour.
Ce qui nous propulse et ce qui nous appelle.
L'amour.
Ce qui nous compose et ce qui nous attend.

L'amour.
Comment douter de l'amour?
L'amour donne vie à tout ce qui est.
En vous familiarisant avec l'énergie de l'amour,
vous re-connaîtrez l'Unité.
Vous saurez reconnaître l'amour
en tout être et en toute chose
et cette vision vous aidera
à dépasser enfin les jugements,
les peurs, les différences, l'indifférence.

L'amour.
Comment parler de l'amour?
L'amour se ressent.
L'amour vibre à un taux d'intensité
adapté à la capacité
qu'a l'humain de l'accepter
à ce point de son évolution.
Lorsqu'on s'ouvre à plus d'amour,
on grandit.
Lorsqu'on s'ouvre à plus d'amour,
on en appelle l'essence
et on l'aide à s'incarner.

L'amour.
...

(Lire le texte au complet dans la rubrique Textes)



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