jeudi 1 décembre 2011

Intentions de décembre

Message pour Noël 2011

Ce matin, quelques flocons ont blanchi partiellement l’environnement. Aurons-nous de plus en plus souvent des Noëls sans neige? Chère belle planète qui se réchauffe et on ne peut plus en douter... Les signes sont rarement compréhensibles pour nous tant qu’ils ne deviennent pas des évidences! Les temps forts que constituent les grandes Fêtes demeurent très importants : ils nous permettent de faire le point, de mesurer les pas accomplis, de renouer les liens du cœur avec nos proches. Malgré le matérialisme qui biaise la donne, il se glissera toujours quelque souvenir d’enfance, quelque nostalgie d’unité, quelque mouvement de compassion inattendue, pour faire vibrer l’âme. Je nous souhaite que cette fête de Noël ne devienne jamais complètement vide de sens. Quand les liens se démunissent de leur sens s’éveille le chaos, ce signe de nos temps. Serions-nous en train de perdre le sens de l’essence? La connaissance et la pensée, apanages d’une humanité moderne que fléchit les ténèbres, n’ont pu être acquis qu’aux dépens d’un autre aspect de la vie, tellement plus intuitif. J’ai pourtant espoir que nous commençons enfin à retrouver la capacité de comprendre la vie qui nous entoure, de frémir devant la nature qui nous parle, de retrouver un sens de la Fête imbue de chaleur et de sentiment, permettant de régénérer les forces vitales. Ce que je nous souhaite, alors que la misère actuelle est si grande qu’il ne suffit plus de perpétuer les coutumes de Noël pour l’atténuer? L’opportunité choisie de se retirer en soi-même ne fût-ce qu’un court instant, pour faire place, en notre temple, à suffisamment de lumière claire pour embrasser le monde entier, engendrant une intarissable confiance en l’avenir... Ce que je nous souhaite? De retrouver l’intime espérance qui, dans des temps anciens, a conduit les mages à la plus haute sagesse et les bergers à la plus amoureuse vision, perçant les secrets insondables de l’espace et du temps pour trouver l’enfant Christ. Joyeux Noël! 
Avec tendresse, Danièle


Couronne de l'Avent

Décembre 2011


Ça m’a pris un peu plus de temps que prévu pour revenir sur mon blogue vous partager ce qui m’habite. Ce n’est pas que l’opération se soit mal passée. Pas du tout. Je vais bien. Dans quelques mois, nous pourrons évaluer les résultats de l’intervention sur le potentiel d’audition de cette oreille. Les trous, pour leur part, ont été colmatés. Merci de vos nombreux courriels d’encouragement. J’ai beaucoup écrit ces derniers temps : articles, courriels, préparation du prochain Dynamot de l’Association de Biodynamie, etc. Et il a fait si souvent doux en novembre. Je ne me souviens pas de telles conditions par le passé. À part quelques journées de gros gel, la terre est demeurée tendre et meuble, les gazons verts et les manteaux d’hiver sur leurs crochets.

Premier décembre aujourd’hui. Comme la Terre, ma mère, je pénètre en moi-même, en toute intimité. Le début de décembre signale le début de l’Avent. En fait, ce sera le deuxième dimanche de l’Avent dans quelques jours. J’adore la conscience de préparation qui caractérise cette période de l’année. On s’y habille le cœur. J’ai assemblé ma couronne de l’Avent, bien en évidence sur la table. Nos ancêtres du nord de l'Europe, qui craignaient de voir le soleil disparaître pour toujours, habillaient leur logis au coeur de l'hiver de couronnes composées de feuillages verts. Au centre de la couronne, j’ai installé une longue chandelle des 25 jours avant Noël. Je l’allumerai tous les matins, avant le lever du jour, en invitant la lumière avec ferveur. La lumière non seulement chasse l'obscurité, mais aussi représente l'espérance et la lutte contre le mal et l’ignorance. Il s’agit d’y croire, n’est-ce pas? Y croire : voilà une œuvre véritablement pionnière, un outil d’éveil rassembleur. Et pourquoi ne pas garder son cœur d’enfant? « L'enfance, c'est de croire qu'avec le sapin de Noël et trois flocons de neige, toute la terre est changée. » (
André Laurendeau, Extrait des Voyages au pays de l'enfance)

Je vis tellement au présent, ces dernières années, que demain, c’est demain, et c’est une autre vie. « Quand nous arrivons là où nous pensons que nous devrions être, nous réalisons que nous y étions tout le temps. « (Roger McGavin) L’Avent me préparera le cœur en vue des Nuits Saintes, mais il est encore loin. Le jardin durcira sa carapace et l’élément minéral redevient dominant. Les dernières feuilles s’accrochent encore aux peupliers de Lombardie et les semences de clématites s’exposent dans le vent, comme autant de fanfreluches sur une corde raide, rosissant au soleil levant.

J’aime regarder le jardin dans son étape de dénuement, en simple paysanne garante de la biodiversité, heureuse des semences récoltées, des racines nourries, du compost étalé sur le grand potager et de la fertilité assurée pour la saison qui vient. La neige ne contribue pas encore à parer de lumière les parcelles en culture, mais déjà leurs secrets sont voilés.
C’est le moment de semer l’espoir de ce qui vient, puis de confier cet espoir à la terre qui, se recueillant et refaisant ses énergies, se prépare à accueillir nos visions et à assembler les matériaux de nos intentions.

Malgré la technologie, un peu à cause d’elle peut-être, tellement d’humains souffrent de solitude profonde, n’arrivant plus à communier avec la Vie. Les derniers mois de l’année sont ceux où les dépressions et les suicides des abîmés de la vie se multiplient le plus. Savez-vous que le suicide est la première cause de décès chez les hommes de 15 à 45 ans… Où sont passées ces réjouissances enfilées sur les mois où l’obscurité s’intensifie, pour nous aider à maintenir le sens de la communauté et de la solidarité. Pas étonnant qu’on affiche Noël bien avant son heure et que plusieurs additionnent les visites dans les grands magasins, à la recherche d’une petite chaleur d’amour à offrir ou à se payer… Une petite chaleur humaine… Une petite étincelle divine…Toute la communauté humaine en est assoiffée, en ces temps globalement si décadents. Nous avons profondément besoin les uns des autres. « Il n’est de guérison que si dans le miroir de l’âme humaine, se forme toute la communauté et si, dans la communauté, vit la force de chaque âme. » (Rudolf Steiner)

En ce matin tout neuf, je prends des résolutions bien avant la Nouvelle année. Tout en sirotant une de mes bonnes tisanes, je me propose d’écouter chaque jour de la belle musique, de lire des livres inspirants, d’en écouter aussi (J’adore les livres audio, qui me permettent de lire tout en conduisant, en nettoyant des semences, en classant les photos prises cet été, en coupant des légumes du potager ou en vaquant à des activités ménagères). Je me rallie à Albert Schweitzer, ce sage agissant qui a inspiré ma jeunesse. Il écrivait : «Il y a deux moyens d’oublier les tracas de la vie : la musique et les chats.»
 (Albert Schweitzer) Et je suis consciente du fait que les plantes et les animaux m’apprennent à vivre. Comme les plantes de mon jardin, je me sens poussée et tirée et je vais de l’avant.

Cet hiver, je souhaite réinventer ma vie, rien de moins.  Je me coucherai avant d’être épuisée et attendrai un peu avant de me lever le matin, pour bien profiter de ces moments favorables entre tous, ces instants d’intimité avec l’ange, mon ange, ce secours venu d’ailleurs. Je pratiquerai le regard profond. Je me permettrai aussi de rêver, même en plein jour, en regardant les flocons se déposer ou virevolter.  Où se situe mon ambition réelle? Qu’est-ce que je veux vraiment, profondément? J’éveillerai de l’intérieur le lien conscient avec la Vie et je mettrai ma volonté au service de ce canal à forer pour qu’il éclaire toute l’existence. Pour que le lien devienne aussi précieux, aussi réel que le quotidien, qu’il donne un sens à ma vie, qu’il l’illumine de la vraie Vie. Je n’attendrai rien, pas même l’illumination. Je n’y crois plus pour moi. C’est une notion qui dépasse l’ego. « Lorsque survient l’illumination, il n’est personne pour être illuminé. L’illumination est l’évanouissement de celui qui était en quête. » (Wayne Liquorman)

Et au cas où je n’écrierais pas avant la Noël,
l’illumination, c’est à l’humanité tout entière que je la souhaite.
Rien de moins.
C’est le vrai cadeau de Noël!
Que naisse le Divin dans le cœur universel!
Intimité et communauté à Noël et toute l’année!


Puissions-nous ressentir l’élan créateur,
nous éveiller à la beauté cachée,
renouer avec le subtil,
voir au-delà du visible en nous et autour de nous.



Vous pouvez m’envoyer vos courriels à danielelaberge@hotmail.com

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jeudi 22 septembre 2011

Bonne équinoxe d'automne et superbe Saint-Michel!







20 octobre 2011
Chers amis,
Juste un petit mot pour vous dire que je viens de subir une opération délicate dans l’oreille nécessitant au moins 3 semaines de repos. Je serai de retour sur mon blogue dès que je reviendrai complètement à moi. Je vous aviserai dès qu'il y aura du nouveau. Mais peut-être n'avez-vous pas tout lu ou tout vu sur mon site. Il ne vieillit pas. Les valeurs qu'il explore sont éternelles.
En attendant, bel automne et de merveilleux moments de silence et d’introspection chaque jour pour faire chanter l’invisible.
De tout cœur
Danièle






Le festival des couleurs commence déjà
Le vendredi 23 septembre 2011 à 09:04 en temps universel, 11:04 du matin en France, Belgique et Suisse ou 05:04 heure du Québec, ce sera pour l'hémisphère Nord le début de l'automne. Le jour et la nuit auront une durée pratiquement égale, c'est-à-dire qu'il s'écoulera 12 heures entre le lever et le coucher du soleil d'un cercle polaire à l'autre. Ensuite, chaque jour raccourcira de quatre minutes environ. La saison durera exactement 89 jours, 20 heures et 26 minutes, avant de faire place à l'hiver le 22 décembre.

L’équinoxe de septembre qu’on appelle aussi l’équinoxe d’automne dans l’hémisphère nord est depuis toujours un temps de festivals des récoltes et de réjouissances.

Comme à chaque changement de saison, il se produit une sorte de mariage bienheureux entre nos rêves d’ordre parfait et notre besoin profond de détachement et d’abandon. Tout ce qui compte, au fond, c’est d’en soutirer un apprentissage bénéfique. La vie n’est que surprise après surprise.  Comme l’écrivait si bien dans sa langue d’origine Ralph Waldo Emerson :
« I shall mount to paradise by the stairway of surprise. »
Reste à voir comment nous traduirons cette sage phrase.
Reste à voir comment nous la vivrons…



L’automne, c’est aussi la saison de la Saint-Michel (29 septembre en Occident alors qu’en Orient, on fête Saint Michel le 8 novembre). En France, le 29 septembre était la date à laquelle les fermiers et métayers payaient leurs fermages après la récolte. C’est donc là-bas la date traditionnelle d’expiration des baux ruraux, d’où l’expression à la Saint-Michel, tout le monde déménage. Autrefois, la Saint-Michel était une fête populaire, liée aux récoltes et à l’abondance, célébrée tout autant que Pâques, Noël et la Saint-Jean. Du point de vue astronomique, elle a certainement la même importance et participe aux mêmes échanges entre les forces de mort et les forces de vie. Par rapport à Pâques, la Saint-Michel est une rencontre a contrario. Au temps de Pâques, la vie croît dans la nature sensible à mesure que, dans la conscience individuelle, la vie mentale, liée aux sens, se relâche. À la Saint- Michel, la nature dépérit. Mais plus la lumière décroît, plus l’activité mentale se rallume, aspire à la rentrée, au retour en soi-même. Chaleur et lumière sont désormais cherchées à l’intérieur par l’âme active qui prépare la naissance du soleil de minuit.

La Saint-Michel est une fête de haute spiritualité qu’a reléguée aux oubliettes l’époque matérialiste. Elle n’aurait jamais dû perdre la place qu’elle tenait autrefois et qu’elle est appelée à reprendre si son appel est entendu par l’humain qui s’éveille. Car elle enseigne à ne pas laisser l’Esprit mourir avec la mort de la matière. Elle enseigne aussi comment traverser la mort. Mais alors qu’à Pâques le tombeau s’entrouvrait pour laisser échapper l’Esprit, à la Saint-Michel, l’Esprit se résout à plonger dans la nuit pour sauver ce qui devrait définitivement périr s’il n’était pas transmué par le travail de l’âme.

La Saint-Michel, c’est la fête de l’être humain moderne qui ressent l’impérieux devoir de transmuer ce qui est menacé de mort afin d’en assurer la survie. C’est la fête écologique par excellence : celle qui aide à préserver ce qui est menacé, celle qui assure la continuation. Liée aux semences, elle prépare ce qui vient.

Michael (Saint Michel) est un grand archange de lumière. Il est aussi le régent de notre époque. Il nous indique clairement le but à atteindre si l’on développe le courage de la connaissance. Quant à l’épée de Michael, non seulement repousse-t-elle les assauts du dragon, mais elle libère l’âme de la prison matérialiste. C’est la nature du fer de rendre possible la réalisation des souhaits, les empêchant d’être réduits à des vœux pieux.

Dictons populaires liés à la Saint-Michel :
- Quand le vent est au nord le jour de la Saint-Michel, le mois d’octobre est au sec.
- Toutes les pluies perdues, à Saint-Michel rendues.
- Bise à la Saint-Michel, octobre sec.
- Pluie de Saint-Michel sans orage, d’un hiver clément le présage.
- Quand l’hirondelle voit la Saint-Michel, l’hiver ne vient qu’à la Noël.
Au Québec, les gens qui vivent dans la région de l’Estrie, notamment près du mont Orford ont l’habitude de dire:
- A la Saint-Michel, le mont se couvre de gel.

Chant anthroposophique pour la saint-Michel :
Héros insurmontable et fort
Ô Michaël
Soutiens et guide notre effort
Fais-nous combattre
L’ennemi battre
Ô Michaël
Tu portes l’étendard des Cieux
Ô Michaël
Soutiens l’armée des Anges preux
Fais-nous combattre
L’ennemi battre
Ô Michaël
Grande est ta force et ton œil clair
Ô Michaël
Grand sur la terre et grand sur mer
Fais-nous combattre
L’ennemi battre
Ô Michaël
Tu l’as saisi le vil dragon
Ô Michaël
Tu l’as foulé sous ton talon
Fais-nous combattre
L’ennemi battre
Ô Michaël


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dimanche 18 septembre 2011

L’automne et le retour du silence



L'automne, quand s'apaise l'effervescence

L’automne est la saison de l’air. L’Air, c’est la psyché, l’ensemble des émotions et des sentiments. C’est ce qui nous porte vers les choses, pour ou contre elles, ce qui nous meut dans le plan des sentiments. L’Air est l’expression de ce qui se ressent, le monde de l’émotion. Il faut passer par l’air pour accéder à l’esprit, cet esprit qui est le feu du centre de la terre, du cœur de l’hiver. Le Feu qui est mental et qui suppose indubitablement la Sagesse. Le Feu qui est Savoir, cet apogée de l’homme. L’Air est égal à oser. C’est cette capacité de courage, que nous inspire l’Archange Michaël, le maître de l’automne, l’assistant et le protecteur de Dieu; c’est plus qu’une force, c’est un élan, une foi. Oser, précisément, c’est ne pas entretenir la peur, c’est se lancer parce qu’on est conscient qu’on doit à tout prix arriver à la Sagesse. Qu’on y aspire passionnément. L’air a besoin d’espace. Pour circuler. Pour purifier. Il a besoin des vides à remplir. Le silence a aussi besoin d’espace. L’espace entre nos pensées, l’espace entre nos paroles, l’espace entre nos effervescences. 

Les grands connaisseurs des secrets de l’âme humaine connaissaient bien la valeur du silence. Pythagore, comme bien d’autres maîtres-penseurs, exigeait de ses disciples cinq années de silence; on appelait cette étape le stade acousmatique. Wow ! Vous rendez- vous compte ! Cinq ans ! Alors que nous avons du mal à faire silence, vraiment silence, ce que certains appellent la méditation, quinze minutes par jour. Ce silence n’était pas considéré comme une torture mais comme une grâce, un cadeau extraordinaire à se faire dans une vie. Et il était essentiel pour apprendre les rudiments de l’écoute. L’écoute du dehors comme l’écoute du dedans. Celle qui fait qu’on entend éventuellement ses vrais besoins, ceux qui se sont vus enfouir sous des tonnes de poussières émotionnelles et mentales.

Quand on n’écoute plus attentivement, on passe son temps à demander des choses, sans même vérifier aux sources si on les veut vraiment. On en perd le sens de la différence qu’il y a entre nos désirs et nos besoins. Quand on apprend d’abord le silence, on apprend ensuite bien plus efficacement tout ce qu’il y a à apprendre de valable. Par l’expérience du silence dans lequel l’esprit pénètre à certains moments, la prise de conscience confirme que tout est sacré, que tout s’accomplit. Le mental devient silencieux, et ce qui est goûté là est indescriptible. Dans le silence, nous commençons à développer en nous cette porosité à la Présence. Cette ouverture de tout l’être nous rend perméables à l’essentiel. Nos sens deviennent alors des antennes, les antennes du vivant et non pas des tentacules qui tentent de tirer le monde à eux pour le posséder.

Il y a un moment ineffable de silence entre la fleur et la semence. Un moment où du silence de soi, de sa nature, vient à la fleur la réalisation de la nécessité d’interrompre son mouvement d’extase et d’offrande, de dissolution dans le cosmos, pour assurer la survie des générations suivantes. Dans ce silence tient toute la vérité de la conscience de soi. Quand le contact s’établit avec une réalité aussi Divine, ce n’est pas comme si un maître parlait à son élève, mais comme si l’âme s’écoutait enfin. Prendre conscience, c’est se recueillir pour écouter et l’on ne prend jamais mieux conscience qu’en se taisant, en laissant l’Aoum chanter en soi. Ce silence, on le ressent le matin, au jardin, quand le froid recommence à sceller les urgences, à rappeler les priorités, à inverser le mouvement dissipé. 

L’air se remplit d’intentions.

La synthèse, ce retour à l’essentiel, s’installe dans les formes qui nous entourent. Les feuilles fondent ou sèchent, les tiges se durcissent, laissant échapper la vitalité fluide qui leur a permis le développement et la montée vers la lumière. Les fleurs disparaissent ou se figent un peu, se font moins vibrantes, prennent de l’âge alors qu’elles contemplent la mission de céder place aux graines. Les insectes n’ont jamais été plus présents. Ils sont le feu qui précipite la matière vers son essence.

Ce silence, on le ressent autour de soi. On le ressent en soi. Naît alors un immense besoin de se rapatrier, de se récolter, de remettre sa vie à l’ordre, de s’occuper de soi, de se préparer à porter fruit par une action centrée et paisible, ancrée dans la nature profonde de notre être. On décide alors de consacrer plus de temps à sa vie intérieure. Quand on le choisit, le temps vient à la rescousse et ouvre l’espace pour le vivre. « Le Temps, cette image mobile de l’immobile éternité ». (J.-B. Rousseau) 

Et alors, finalement, on se permet de respirer. L’air nous comble. L’automne est là. On contemple. On se re-pause de l’été. On peaufine nos semences avant de les confier à la terre vivante de l’hiver, si chaleureuse en son cœur, en son Noël des mondes. On s’offre du temps pour aimer, avant même de chercher à combler notre immense soif de savoir. Il faut changer l’ordre des choses, une fois encore.

Je veux prendre le temps, cet automne, d’écouter les questions qui montent en moi sans m'acharner à leur trouver des réponses. Je veux faire confiance. Tout vient en son temps. 

mercredi 14 septembre 2011

L'héritage de l'Armoire aux Herbes



L’HÉRITAGE DE L’ARMOIRE AUX HERBES

PAR DANIÈLE LABERGE ET HÉLÈNE LABERGE

Recettes, savoir-faire et guide santé
Compendium pour savoir quand et comment fabriquer des produits d’herboristerie et les utiliser avec succès
Il contient l’essence de ce qui a fait le succès de L’Armoire aux Herbes durant près de 30 ans, incluant la méthodologie et les recettes des produits d’herboristerie traditionnelle qui y ont été fabriqués.
 Des milliers de personnes et de thérapeutes les ont utilisés avec
succès. Le contenu du populaire Guide de santé de L’Armoire aux Herbes, qui a été vendu à plus de 9000 exemplaires, est intégré dans cet ouvrage.
Format : 8,5” H x 7” L | 412 pages


Disponible dès maintenant sur le site web de l’Herbothèque

http://www.herbotheque.com/products-page/

« Lorsque la décision fut prise de fermer l’Armoire, une idée me vint, une étape importante de clôture de ce beau projet. Je devrais assembler un document dans lequel nous partagerions toutes nos recettes, en détails, toutes nos procédures de récoltes, séchage et fabrication pour les nombreux produits qui ont tissé notre réputation et fait leurs preuves pendant trois décennies. Une façon pour nous d’assurer la continuité d’une approche qui mérite de vivre encore longtemps… Grâce à ce compendium, de nombreuses personnes pourraient bénéficier de nos expériences, soit en faisant leurs propres produits ou en supportant des herboristes qui les fabriqueraient en région, et les rendraient directement disponibles aux clients et thérapeutes de leur entourage, sans étalages dans les magasins, sans se taper la lente, lourde et coûteuse démarche gouvernementale. Ce document ferait passer à la tradition le témoignage vivant et les trésors de l’Armoire aux Herbes. Le legs de l’Armoire aux Herbes se veut bien davantage qu’un compendium technique de bonnes recettes herbales éprouvées, quoique les formules qui ont bien servi ses clients et amis en fassent très certainement partie. Les libérer et les offrir à toutes les personnes qui auraient envie de les reproduire ou de les faire reproduire par d’autres dans l’espoir d’aller mieux me semble une galante façon de répudier les réticences gouvernementales à leur égard. Une façon aussi de contribuer à encourager l’herboriste à créer ses remèdes et à les offrir à ses proches avec confiance.
Mais comme les témoignages que vous pourrez lire dans le livre l’indiquent clairement, c’est bien autre chose que des produits d’herboristerie qui ont touché le cœur des gens qui furent associés, de près ou de loin, à l’Armoire aux Herbes. Ce qui a été transmis, ce qui a été reçu, c’est l’approche consciente de cette petite entreprise à échelle humaine, l’amour et le respect de la vie qui furent à la base de mille petits gestes quotidiens permettant l’éclosion de tels produits. Qu’il s’agisse de cueillir des fleurs une à une, au moment parfait pour en recueillir l’intention, de ramasser les semences de centaines d’espèces tous les ans afin de permettre une sélection conduisant à toujours plus de vie, de se préoccuper de la beauté bien davantage que du profit, d’ouvrir les jardins afin que la guérison subtile s’y opère, tout à l’Armoire était éminemment sacré. » (Danièle Laberge)

Parfums, saveurs et couleurs d’un début d’automne enlevant
Bouquet d'automne


Il a gelé dimanche dernier, jour de pleine lune de septembre. C’est ainsi. Ce premier grand coup de froid « trompette » aux plantes qu’il est déjà temps de se rapatrier, grand temps de faire ses semences et de ramener ses réserves dans les racines, du moins si on est assez vivace pour envisager un retour l’an prochain.  Il signale aussi aux jardiniers qu’il faut se hâter de récolter les derniers légumes fragiles et démarrer les travaux d’automne. Les chenilles sont un rappel des froids qui accourent, tout comme le sont les chats qui redoublent d’ardeur chasseresse afin de prévenir l’exode des petits rongeurs vers les vieilles maisons de campagne si alléchantes en ce temps de l’année. Je me souviens qu’ici, immanquablement, les premiers gels venaient en août et ce jusqu’aux trois dernières automnes. Quelques semaines de plus, quel merveilleux répit! Surtout lorsque l’été a été écourté par un printemps froid qui n’en finissait pas et des nuits qui n’ont transpiré de chaleur qu’à quelques reprises cet été!   


Grâce aux pluies abondantes des dernières semaines, le vert est encore bien vert. Au potager, l’abondance règne et les cadeaux de la terre se multiplient. J’achève la transformation des légumes du potager que je prévois minutieusement afin de ne pas me retrouver avec des surplus au printemps suivant. Mes congélateurs sont pleins à craquer, mon séchoir n’a pas dérougi, les pots de conserves brillent de promesses gustatives biodynamiques. Au jardin, les haricots continuent de manifester une ferveur incessante à tel point que j’ai décidé de laisser toutes les fèves grimpantes, dont les Gold Mary que nous affectionnons particulièrement, remplir leurs longues cosses de semences pour l’an prochain. Les zucchinis, comme toujours, produisent bien davantage qu’on anticipait. Les cornichons qui de plus en plus remplacent chez moi les concombres, plus exigeants en chaleur et plus envahissants dans ma petite serre, nous offrent des récoltes quotidiennes. Et vive le compost quand les amis et la famille sont outrancièrement comblés…

Nous avons déterré les pommes de terre la semaine dernière. Vendredi, nous avons détaché les courges d’hiver de leurs vignes. Nous aimons particulièrement les petites Delicata, dont le goût de patate sucrée nous enchante. Les oignons sont étendus sur des treillis dans un bâtiment sombre et sèchent leurs collerettes. Bientôt, ils rejoindront en sacs de filet les échalotes françaises et l’ail qui pendent déjà sur les poutres au deuxième étage de la maison. La petite serre est chauffée quand les nuits se font trop fraîches et les tomates continuent de mûrir, sur les plants comme sur des plateaux dans la maison. Dès qu’il y en a assez de bien tendres, je les mets en pots. Nous avons déjà mis en conserve notre merveilleuse crème de tomates, plus de 60 pots.

Les choux d’hiver sont tellement lourds que j’en offrirai plusieurs à mon amie Chantal, la championne de la choucroute lacto-fermentée en échange de quelques bons petits pots. Parlant de lacto-fermentations, mon gros croc à joint d’eau a cessé de glouglouter. Mardi, ça fera trois semaines que j’y ai mis à fermenter un mélange de carottes et d’oignons. Il sera temps d’ouvrir, d’empoter et de descendre le tout au frais dans ma cave/caveau. Sur le comptoir de la cuisine, un pot de fèves jaunes émincées fermente allègrement depuis deux semaines. Les jus de carottes et les betteraves râpées font leur apparition et les poireaux agrémentent les repas, comme les pommes, évidemment. Ah! Les pommes! Des merveilles! Elles ont fourni de nombreux pots de compote savoureuse et des petites gelées aromatisées aux herbes et autres fruits qui en plus de nous sucrer le bec, feront des superbes cadeaux. Mes ronces ont commencé cette année à donner assez de mûres pour qu’il en reste à ramener à la maison après un dessert pris directement devant les plants. Les ronciers odorants rivalisent de saveur eux aussi. Les vignes, encore jeunes, ont quand même donné plusieurs belles grappes de petit raisin tendre et savoureux. Quant au maïs,  c’est un régal tout aussi sucré et croquant (craquant!) que les fruits de fin d’été.

Ce n’est pas tout de bien manger, il faut aussi penser à se soigner et à hausser ses vibrations en se remplissant le cœur de beauté. À ce titre, on n’est pas en manque en septembre. Malgré l’envahissement des parcelles, mon armoire aux herbes domestique est bien garnie. Je viens de faire la teinture-mère de withanie, cet excellent anti-inflammatoire et de racine de patience crépue, ce dépuratif puissant. Il ne me reste maintenant à faire que quelques petits pots de plus: guimauve, hydraste du Canada, bardane. J’attends que ce soit aussi le temps de diviser ces plantes pour faire d’une pierre deux coups. Mes îlots près de la maison sont de plus en plus à l’ombre à mesure que croissent les arbres. Astilbes, fougères et actées y prendront leur place. Lors de la grosse tempête de pluie et vent, le houblon s’est décroché de la cabane à hirondelles pourpre qu’il atteint malgré la hauteur démesurée du poteau. Qu’à cela ne tienne. La récolte a été facilitée, puisque les plus belles fleurs se trouvaient en haut.
Les sureaux blancs sont noirs de fruits qui font courber l’échine à tous ces grands arbustes. Les oiseaux s’en donnent à cœur joie et leurs déjections en planteront partout. Ce qui maintenant me fait plaisir. On a tellement dû en désherber du temps de l’Armoire… Les cynorrhodons sont abondants et géants. En tisanes, ils partageront leur vitamine C cet hiver. La mélisse est en fleurs, tout comme l’hysope à l’anis. Le vitex, que jamais rien ne perturbe, est éclatant. L’astragale est ravissant alors qu’il se couvre de fleurs et de cosses. Quand au persil, il a fait et continue de faire une croissance endiablée. On ne dirait même pas qu’on en a récolté et consommé tout l’été. Chaque jour, j’ai des surprises. Hier, j’ai aperçu dans ce qui fut le jardin rond, un beau plant d’échinacée « Double decker ». J’ai aussi pu constater que la busserole, pour qui nous avions toujours peiné, cherchant à lui offrir le sol sablonneux qui lui convient, s’est glissée hors de son lit et tapisse maintenant joyeusement l’asphalte de l’entrée.
  
Pour ce qui est de se remplir le cœur et les sens de beauté, ce n’est pas un problème. Le parfum anisé des fenouils m’accueille au petit matin, et de soir comme de nuit, les grandes actées embaument l’air frais de relents quasi tropicaux. Les toiles d’araignées aux tessitures complexes, sont impressionnantes dans le brouillard qui précède la lumière vive du jour. Les sauterelles animent les buissons et je ne me lasse pas de les prendre en photos. Elles me regardent dans les yeux quand je les surprends ou qu’à leur tour, elles me font sursauter. Que dire de la magnificence des anémones d’automne qui s’unissent aux grandes impatiences pour créer des spectacles de voltiges en hauteur. Comme les insectes pollinisateurs, j’apprécie l’extravagance des asters sauvages alors que s’éteignent déjà les verges d’or.

Il est temps de déballer les monnaies du pape. Une capsule de soie glissée dans votre portemonnaie, le gardera bien garni toute l’année, si on en croit la tradition. Pourquoi pas? Les lanternes chinoises se sont maintenant colorées d’oranger, tout comme les fruits des sorbiers des oiseaux, Les feuilles de vinaigrier ont commencé à se parer de feu et leurs fruits sont fin prêts à récolter pour les éventuels maux de gorge ne résistant pas à la tisane au goût acidulé qu’ils procurent. Les quelques tournesols qui voisinent le maïs au potager ont atteint des tailles impressionnantes, tout comme les raisins d’Amérique. Les glories qui ont grimpé sur l’arche du potager se cherchent des nuages auxquels s’accrocher. Elles auraient encore de l’énergie pour monter plus haut.
  
J’ai cueilli hier les derniers glaïeuls. Mes bouquets se parent d’automne : œillets d’inde, centaurées bleuets, hydrangées, viorne à fruits bleus ou rouges, châtaignes, marrons, cosses de féviers. Sans oublier les dernières roses de l’été, « à nulle autres pareilles » et les minuscules lis crapaud (Tricyrtis spp), ces vivaces au feuillage caduc très rustiques. Leurs fleurs en étoile mouchetées de pourpre, beige et rose ressemblent à des orchidées délicates.
Quant à assurer la postérité des plantes, ça semble se faire tout seul quand on ne désherbe pas tout ce qui choisit de pousser. Déjà, c’est le retour des pavots, des camomilles, des mauves, des calendules des champs, de l’aneth. Les nouvelles pousses périront, mais il restera bien assez de graines dans le sol pour qu’il en émerge tout plein le printemps venu. Je laisse donc se ressemer librement les digitales, guimauves, cataires, grandes camomilles, fenouils bronze, centaurées, échinacées, grandes impatientes, myrrhes odorantes, pigamons, nicandras, aigremoines, vipérines, anchuses, etc.

Je répands même des poignées de leurs semences afin de faciliter le travail de la terre et de les introduire ici et là dans mes jardins devenus champs fleuris. J’ai rentré au chaud les plantes en pot qui vivront l’hiver avec moi : amaryllis, romarins, camélia, laurier sauce, etc. J’ai récolté les graines dont j’aurai besoin pour les semis sous verre de basilic sacré, belle de nuit, calendule blonde, gloxinia grimpant, etc.

Les oiseaux mouches viennent tôt le matin et demeurent tard aux abreuvoirs. Les nuits se font longues et froides. Ils partiront bientôt.

Dans les semaines qui viennent, il faudra tailler et attacher les framboisiers, lever les bulbes d’été ne pouvant survivre à nos hivers, qu’on cultive comme des annuelles, rabattre les vivaces, planter l’ail et les échalottes françaises. Il faudra… On devra… Mais pas aujourd’hui.


Aujourd’hui, l’air est doux et il reste du temps pour une promenade avant que tombe la nuit. J’y vais!


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dimanche 7 août 2011

Devenir une bonne récolte!

L'arche fleurie du potager annonce l'abondance

Aujourd’hui, lourdeur, chaleur et moiteur sertissent ce beau dimanche d’août qui, pour beaucoup de gens, marque la fin des vacances d’été. L’humidité et l’immobilité de l’air enchantent les plantes estivales. La sècheresse menace. Certains d’entre nous ont connu des grands orages ces derniers temps, accompagnés de pluies diluviennes. Ici, par contre, l’eau du ciel s’est faite rare depuis un mois et ce fut toute une adaptation pour les plantes qui avaient été gavées par des ondées fréquentes et des nuits fraîches depuis le début du printemps. L’eau a tellement baissé dans l’étang que j’ai dû commencer à l’irriguer afin de compenser pour l’évapotranspiration excessive qui menaçait la survie de mes chers nénufars. Souvent, déjà, ça sent la fin de l’été. Les levers de soleil illuminent d’abondantes rosées qui glacent les pieds. Les verges d’or sont en fleurs depuis des semaines. Les fleurs des roses-trémières s’ouvrent tout en haut des longues tiges et les fleurs de molène se hissent rapidement le long de leurs mats velus. Les mauves de Mauritanie s’enflamment dans une floraison démesurée, les calendule ne montrent pas le moindre signe d’essoufflement. Irrémédiablement, les jours de chaleur intense font mûrir tout ce beau monde végétal qui vieillit maintenant à vue d’œil. Les graminées s'affaissent. Beaucoup de vivaces comme les misères (tradescantias) se couchent en rond sous le poids de la matière. C’est le temps de tailler et de tuteurer ce dont on veut préserver les graines. C’est le temps d’engranger et cette activité durera incessamment jusqu’aux grandes gelées. Que la nature est généreuse! 
Je me souviens au début de ma carrière quand j’ai rencontré Mildred Lohrer, la vieille herboriste du Michigan. Elle avait eu des grands jardins de plantes médicinales, y avait reçu des milliers de visiteurs, animé d’innombrables ateliers et soigné tout ce qui, dans le besoin, avait croisé son chemin de femme dévouée au service de la santé. Malgré son âge et le fait qu’elle ne cultivait plus depuis belle lurette la parcelle derrière sa vieille demeure, elle ne cessait d’offrir ses surplus aux plus jeunes jardiniers et guérisseurs qui recherchaient sa fertile présence. En plus de la connaissance, elle répandait sur nous en toute gratuité d’abondantes récoltes de tomates volontaires, des mannes de raisins, des brassées de fleurs et des poignées de semences à apprivoiser, sans parler des piles d’articles jaunis et carnets de découvertes notées au fil du temps. Je trouvais cela si extraordinaire. Et ça l’était. J’imagine que ce jardin, devenu corne d’abondance spontanée, a été pavé pour accommoder la ville avoisinante. Le véritable legs de Mildred ne fut pas la matière qu’elle donnait à tout venant, mais l’inspiration, la confiance, l’exemple d’une vie entière d’amour du végétal et de don de soi. Elle joua un rôle tellement vital dans ma vie.
Ces temps-ci, je pense souvent à elle. Surtout depuis que mon jardin devient champs fleuris. J’ai l’impression de nager comme elle dans l’abondance. Cet été, on a littéralement croulé sous les fruits : gadelles, bleuets, cassis, framboises, fraises… J’ai invité des tas d’amis à venir s’en cueillir. Encore maintenant, il reste des gallons de cassis et de bleuets. Même les oiseaux sont rassasiés et les congélateurs sont bien garnis pour les mois d’hiver. Il y aura amplement de petits pots de confitures et de gelées à offrir avec plaisir tout au long de l’année. Et vous devriez voir les cynorrhodons qui se développent. Gros comme des petites pommes… et déjà mûrs, avant même que ne noircissent les fruits des sureaux et que ne rougissent les fruits des ronciers odorants! Faut croire qu’on aura grand besoin d’antioxydants et de vitamine C… Quant aux pommiers, ils ploient sous les fruits qui déjà rosissent et se pâment de sucre.
Malgré toute cette splendeur, j’ai passé la semaine à pleurer comme une madeleine… Non, je ne pleurais pas le fait que le temps des petits pois et des mangetouts s’achève, que les brocolis géants sont tous prêts en même temps, que les choux fleurs blancs comme neige battent des records de taille et de bon goût, que… Non! Pas davantage que je ne pleurais de désespoir devant l’envahissement du jardin par les adventices. D'ailleurs, je n’ai jamais autant photographié de splendides bardanes! Je ne pleurais pas parce que les pavots sont devenus capsules, que le maïs est bientôt prêt et que les haricots se font abondants au point de devenir envahissants. Je pleurais à chaudes larmes parce que… parce que…
Suite demain.
Ce texte est bien assez long.
Je veux ajouter sans faute des photos récentes à l’album du blogue. Je veux aussi aller me promener et profiter de cette journée de vie intense et fabuleuse.
Ça prend bien peu de choses au fond pour être heureux: ça prend de remarquer qu’on l’est et de remercier la vie de la conscience de l’être. C’est un état d’âme qui se vit au présent, sans souffrir de ce qui fut et de ce qui sera peut-être plus tard. C’est une halte bien méritée où l’on célèbre sa vie et ce dont on a su s’entourer. C’est se savoir là où l’on veut être. C’est arriver enfin au rendez-vous avec soi-même, sans se mettre tout plein de conditions ou de défis pour y avoir droit. C’est un état qui ne souffre nulle comparaison, ni avec ce qu’on a été ou vécu, ni avec ce que les autres vivent ou semblent être.
Je pense à vous qui me lisez. C’est tellement précieux de sentir que nous sommes ensemble, nombreux à désirer que cette terre soit de plus en plus humaine.
« Nous devenons ce que nous admirons. » disait Gandhi. Nous sommes en train de devenir… un bien beau jardin et une bonne récolte!



Devenir une bonne récolte – suite et fin

Ah! Notre soupe à l'oignon en conserve! Du soleil en réserve!



Et alors, ces larmes, pourquoi, me demanderez-vous? Mêlez-vous de vos oignons! Non! Ce n’est pas ce que je voulais dire… Tout simplement parce que ce fut ici LA semaine des oignons. Le potager en regorgeait : magnifiques, tendres et juteux à souhaits, mais arborant de bien trop gros cous pour se préserver cet hiver. Alors au boulot! Ravale tes larmes et coupe! Je dois avouer que je pleure bien moins qu’avant quand je prépare des oignons. J’utilise des lunettes du type natation et cela fonctionne assez bien quoique je vois beaucoup moins bien avec elles qu’avec mes vraies lunettes. Double prudence est de rigueur. Et de plus, je coupe et tranche avec rapidité et efficacité des montagnes d’oignons en un temps record en utilisant des petits bijoux d’efficacité, les coupe-légumes et tranches oignons de la compagnie suédoise Alligator (disponibles entre autre sur Amazon.ca à coût assez modique). Malgré tout, je pleure. C’est qu’il est vraiment difficile de résister au grand pouvoir irritant des oignons. J’ai essayé des tas de trucs comme de les refroidir avant de les couper ou encore de les couper sous un filet d’eau. Ça irait peut-être pour quelques unités, mais pas pour les multitudes! Et qui a de la place pour les réfrigérer ou souhaite les manipuler mouillés et dilués? 
Mais qu’est-ce qui fait de l’oignon un tel tyran? Quand on écrase ses cellules, des enzymes sont libérées, dont l'allinase qui réagit alors avec un autre composant de l'oignon (1-propényl-L-cystéine sulfoxyde) pour former du propanthial S-oxyde, à partir du 1-propényl-L-cystéine sulfoxyde. Oui pis? Ce dernier étant volatile s'échappe sous forme de gaz, très agressif pour nos yeux. C'est lui le responsable de nos pleurs ! Lorsque ce composé soufré entre en contact avec le liquide qui protège nos yeux des poussières en baignant notre cornée, il se dissout entraînant la formation d'acide sulfurique particulièrement irritant. Pour se défendre, le cerveau provoque une grande production de larmes et le clignement des yeux. Le battement des paupières étale le liquide sur toute la surface des yeux : autrement dit, les larmes sont produites abondamment pour rincer les yeux. Hélas, le produit lacrimogène devenant, en présence d'eau, de l'acide sulfurique, plus on pleure, plus il y a d'eau et donc plus il y a d'acide sulfurique et plus on pleure... Alors aussi bien en profiter et pleurer un bon coup, en sachant que ça ne va pas durer, en tout cas pas aussi longtemps que les larmes des peines de cœur.
Et qu’est-ce que je fais de tous ces oignons? J’en prépare des sachets sous vide pour la congélation. Ils seront prêts pour les soupes de l’hiver. Ce qui est formidable avec les oignons, c’est qu’on n’a pas à les blanchir avant de les surgeler. J’en fais aussi sécher pour les mettre en poudre et les intégrer à mon sel d’herbes maison. Mais surtout, j’en fais de la soupe à l’oignon en conserve. Des repas nourrissants et vitaminés, délicieux et vite réchauffés au four avec croûtons et fromage gratiné si désiré. Il faut bien suivre la recette et surtout respecter  le temps de stérilisation dans la marmite à pression. Je vous en donne la recette dans les astuces saisonnières. Avec l’aide inestimable de Frédéric, devenu un vrai champion de la préservation, nous en avons préparé plus de 80 pots en deux jours! C’était bien bon de travailler en équipe, de partager en paix des joies simples, de vivre la solidarité, de juguler ce qui sépare et de s’ouvrir à ce qui unit. Comme l’écrit si bien Anne Grossouvre : « Je sentais la justesse d’une vie qui coule naturellement de sa source créatrice aux gestes du quotidien, et qui s’est donné les moyens de s’en souvenir jour après jour. » Des gestes simples, rien de bien important, rien de bien décisif encore, juste une mélodie qui s’installe. Le travail nous ancre, il nous garde centrés et rythmiques. Il ne doit cependant jamais devenir une démesure. Il ne doit pas remplacer le sommeil, le plaisir, le répit, le reste de la vie. Aussi, là-dessus, je vous quitte pour aller déjeûner aux bleuets. Bonne semaine et bonne soupe à l’oignon, si vous en avez le goût!



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dimanche 17 juillet 2011

Belle journée de grande chaleur estivale!

Ail! Je tresse, tu tresses... 
Ce dimanche matin, après les récoltes de mezclun, radis, échalottes, pois mange-tout, zucchinis et framboises, ma sœur Hélène, Frédéric et moi avons levé l’ail, l’avons pelé et après avoir coupé ses racines, l’avons installé sur les tables du grand séchoir. Une récolte formidable, après plusieurs jours de beau temps. On nous prévoit des orages plus tard dans la journée et demain. Il était donc essentiel de récolter. Nous sommes de plus en racines au calendrier biodynamique et c’est idéal pour la préservation de l’ail. Après les récoltes géantes (plus de 3000 têtes) du temps de l’Armoire aux Herbes, les 320 têtes d’ail que nous cultivons maintenant sont vite préparées. Après les avoir laissé sécher quelques jours, nous casserons les tiges, puis encore quelques jours et nous les tresserons (24 belles grosses tresses). Nous suspendrons ensuite les tresses dans ma maison, au grenier sur les poutres et ventilerons pour qu’elles se gardent bien jusqu’à l’été prochain. Nous mettrons de côté les quatre plus belles tresses pour la semence que nous planterons quand viendra l’automne. Les autres seront pour toute la famille et quelques amis proches. Nous ne ferons pas de tonique à l’ail cette année car celui que nous avons fait l’été dernier sera efficace jusqu’en 2013. En passant, si vous en voulez, l’Herbothèque offre pour la dernière fois notre excellent surplus de l’an dernier (herbotheque.com). De nombreux et intéressants ateliers sont offerts cet été à l'Herbothèque: vous pourrez en lire les descriptions sur leur magnifique site web.
Au jardin, les dernières fleurs de digitale persistent au sommet des grandes tiges, les monardes commencent à s’éclater en grandes fleurs ébouriffées. Les hémérocalles colorent le temps qui passe. Les roses-trémières s’ouvrent et adoucissent les espaces qu’elles colonisent. La chicorée sauvage bleuit, le millepertuis illumine l’air ambiant. Le houblon a atteint la cabane des hirondelles pourpres. J’ai fait ma teinture-mère d’agripaume. Hier, j’ai fait sécher de la calendule pour les tisanes de la saison froide et de la mauve. Le basilic a déjà été taillé deux fois et ses feuilles parfumées ont parfaitement séché en gardant leur magnifique couleur. Il en est de même pour la bourrache, le trèfle rouge, la verveine citronnée, la menthe poivrée, etc. Les framboises sont tellement abondantes qu’on ne voit pas la fin des rangs, les pois et les mange-tout sont indescriptibles de vitalité et de générosité, les bleuets commencent à murir sous leurs voiles, incontournables si on veut en soutirer quelques uns aux oiseaux. J’ai déjà fait du jus et de la gelée de gadelles et j’en cueillerai encore quand il fera plus frais. Les plants de cassis ploient littéralement sous les fruits. Il sont déjà bien noirs, mais pas encore tout à fait assez tendres sous les doigts. Les sureaux noirs laissent choir leurs petites fleurs blanches et les fruits apparaissent déjà. Nous avons installé une bâche flottante sur une section des ronciers afin de goûter les mûres plus tard en saison et avons fait de même sur les petits kiwis, que nous n’avons jamais encore réussi à savourer, les amis ailés les adorant et n’attendant même pas qu’ils soient prêts… pour nous. Le potager est magnifique et il n’a pas été nécessaire d’arroser une seule fois à date. L’eau vient toujours au bon moment. Dans la petite serre, les tomates s’annoncent et les premiers concombres ne se laisseront pas désirer encore très longtemps. Quand aux adventices, si présentes dans ces jardins dont la plus grande surface leur a été remise, elles se portent à merveilles. Je m’émerveille de toutes les espèces de graminées qui dansent au vent et je photographie même les laiterons.
Mon plus grand plaisir ces jours-ci est de visiter les pavots tôt le matin. J’adore les pavots. Ce sont les fleurs les plus photographiées ici et ce depuis bien des années. Les pavots sont toujours spectaculaires, se sachant tellement aimés. Des nuées d’abeilles solitaires et autres alliés ailés se vautrent dans leurs cœurs débordants de nectar et de pollen. Cette année, je dois un grand merci à mes grandes amies Noémi, Maïa et Danaë qui, lors d’une visite, ont relevé le défi de désherber la planche où les pavots étaient menacés dans leur survie par des milliers de laiterons affamés qui auraient vite fait de les déloger. Un travail de précision et de grande patience… Je pense à vous chaque fois que je les regarde, les filles. Ah! Que c’est bon d’avoir de si charmantes et talentueuses amies! Voici pour les nouvelles. Pour voir le tout en images, allez dans la section photos. J’en ai ajouté des récentes ravissantes.





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